L'étoffe légère de ses manches laissait deviner, à travers leur réseau noir, un bras d'albâtre qui n'avait plus rien des sécheresses étiolées de la première adolescence.

Elle avait enfin, ce je ne sais quoi qui commande la sympathie, qui occupe, qui fascine la pensée et qui confond tous les jours les calculs de la raison pour laisser libre cours aux surprises du cœur.

Il n'était que faire d'aller chercher ailleurs que dans ce changement, l'amertume trahie par les paroles de Mme de Guermanton; et bien que Pauline fût à cent lieues de se trouver décidément plus belle et plus aimable que l'épouse de son hôte, un éclair lui révéla que peut-être elle avait perdu dans l'esprit de Mme de Guermanton, ce qu'elle-même avait gagné à tous les yeux.

Jacques aimait Pauline et Jeanne puisait dans cette certitude tous les motifs de son aversion contre la jeune fille.

Et Pauline aussi n'avait-elle point cent fois pensé avec émotion au bonheur que Jeanne devait trouver dans la tendresse d'un époux comme le sien?

Un rien lui avait révélé l'âme de feu de cet homme encore jeune, si ce n'était plus un jeune homme.

Il avait l'habitude de noter sur de petites bandes de papier qu'il laissait ensuite, comme des marques dans les livres eux-mêmes, les pensées saillantes ou les mots frappants recueillis dans ses lectures.

C'est ainsi qu'une fois, lisant après lui un livre charmant, la Bêtise humaine de Noriac, elle y avait trouvé et elle avait gardé avec prédilection un petit papier de cette espèce, sur lequel Jacques avait, de sa main, écrit ce mot de l'héroïne du roman reprochant au héros des préoccupations philosophiques:

«Mon ami, ce que tu dis là est beaucoup bête: le faux, c'est tout; le vrai, c'est l'amour.»

Cette citation avait décelé à Pauline l'âme de Jacques.