A compter du jour où cette confidence involontaire d'un homme contenu et sévère dans ses allures, était devenue la proie de l'ardente jeune fille, elle en avait fait son talisman.

Elle l'avait cachée dans un livre à elle; elle la relisait souvent.

Et, si quelque recherche exquise de sa part pour le bien des enfants confiés à sa tutelle était payée d'un regard affectueux, ou d'un serrement de main par son hôte, elle avait envie de lui répondre:

—Si je chéris vos enfants, c'est que le vrai... c'est l'amour!

Comme elle y songeait, elle ouvrit le livre où la brûlante maxime était serrée, voulant y chercher un contre-poison à la haine que Mme de Guermanton lui avait marquée le soir même et elle ne l'y trouva plus.

Elle frémit, étonnée, chercha feuille à feuille, regarda à terre...

Le petit papier avait disparu. Plus de doute; une main indiscrète l'avait trouvé et repris!... La main de Jeanne, peut-être?

Ce petit fait pouvait expliquer bien des choses.

La nuit de Pauline fut fiévreuse, et le peu de sommeil qu'elle goûta fut pire que l'insomnie.

Quoi qu'il en fût, son premier soin, en se retrouvant avec ses hôtes, le lendemain, fut d'être comme à l'ordinaire, tout en cherchant dans leurs physionomies les traces d'une émotion qu'ils n'avaient pu manquer de mettre en commun, d'une discussion qui s'en était suivie peut-être, d'une lutte quelconque dans laquelle la femme ou le mari avait triomphé.