Rien de visible; et il ne fut d'abord question de rien.
Mais Pauline, après s'être contenue devant les enfants, rechercha un tête-à-tête avec leur mère et elle lui dit résolument:
—Madame, vous m'avez témoigné hier que nous devions nous séparer; la séparation aura donc lieu, mais daignez m'en indiquer l'époque, car ma carrière ne fait que commencer, à en juger par le peu de temps que je l'ai fournie et par l'état de ma fortune, je dois, n'est-ce pas me pourvoir? Combien de temps me laisserez-vous pour cela?
—Mais... le temps indispensable, répondit Mme de Guermanton d'un ton glacé. Et même, ajouta-t-elle pour tempérer la dureté de cette réponse, vous n'échangerez, si vous m'en croyez, votre position actuelle contre une position analogue qui si vous repoussez mes conseils et notre appui dans la recherche d'une condition meilleure!
—Mais quelle condition meilleure pourrais-je obtenir? s'écria Pauline, impatientée de cet implacable sang-froid.
—Toutes seront meilleures pour une femme de votre caractère, dit Jeanne, que la vie d'institutrice en face du bonheur des autres, lorsque vous n'êtes pas appelée à le partager.
—Je n'ai rien fait pour troubler le vôtre, dit Pauline avec une conviction sincère.
—Et l'eussiez-vous tenté, ajouta ironiquement la femme de Jacques, vous n'auriez pu y réussir! Mais pourquoi une situation fausse et pleine de dangers? Une femme bien née, jeune et jolie comme vous l'êtes, ne saurait trouver éternellement son bonheur à soigner les enfants d'autrui. Les mères, toujours très jalouses de leur influence sur leurs enfants, ne la voient pas volontiers partagée par une autre personne. Il n'y a, tout compte fait, qu'un système rationnel, mettre ses garçons au lycée et ses filles au couvent. Mariez-vous, ma chère, et ayez aussi des enfants; vous comprendrez alors tout cela!
Un sourire mélancolique crispa les lèvres de Pauline, quand elle répondit à Mme de Guermanton:
—Il ne me manque qu'une toute petite chose pour fonder une dynastie, c'est le royaume!