—Qui sait? répliqua énigmatiquement la châtelaine. Tout arrive.
IV
Ce fut vers cette époque que la famille de Guermanton reçut la visite de M. de Charaintru.
Le vicomte était une vieille connaissance de Jacques. Il appartenait à cette catégorie d'hommes inutiles, frivoles, mais bons enfants et incapables d'une méchanceté préméditée, qu'on tolère à cause de leur insignifiance même.
—Charaintru n'est pas toujours amusant, disait plaisamment de lui M. de Guermanton, mais comme il change beaucoup de place, il sait toujours du nouveau. On ne se souvient pas de ce qu'il a dit, mais on trouve parfois à l'entendre un assez vif plaisir. Il est du reste au courant de tout; c'est sa fonction. Il sait le nom de l'étoile qui se lève, du cheval de courses qui gagnera le Grand-Prix l'an prochain, du jockey qui se tuera demain. Il est le canal naturel de tous les cancans et de tous les potins. Bref, insupportable à Paris, on le recherche presque à la campagne, car il fait contraste avec la majestueuse monotonie des bois!
A Guermanton, Charaintru s'était souvenu de la proximité de la résidence de son ancien ami, le baron Pottemain.
Ce qu'on lui avait appris concernant le mystère dont s'entourait le bizarre personnage avait piqué vivement sa curiosité.
A tout hasard, il avait écrit et il avait été ravi de l'invitation qu'il avait reçue.
Par là, il était assuré, sinon de pénétrer le secret de cette énigme vivante, au moins de voir ce que ni M. de Guermanton, ni les gens du pays n'avaient jamais vu: l'intérieur du château de Bois-Peillot.