—Je comprends, riposta ironiquement Mme de Guermanton, que vous préjugiez mal du baron sans le connaître. Règle générale, vous trouvez tous les hommes moins bien que mon mari!

—Je ne préjuge de rien, fit Pauline blessée par cette allusion, et j'ai hâte de me rencontrer avec le châtelain de Bois-Peillot, afin de me former une idée de son mérite extraordinaire. J'ai le cœur si libre, ajouta-t-elle avec hauteur, que si votre homme n'est pas un monstre, et à supposer qu'il soit exact que je lui plaise, je vous promets de l'épouser avec le plus grand empressement.

—A la bonne heure, dit Mme de Guermanton.

—Seulement, poursuivit Pauline, comme je me défie de mon propre jugement en cette grave matière, plutôt que de causer avec lui pendant six mois à travers une porte, j'essaierai de me faire une opinion sur son compte dans un plus bref délai et en le voyant, à l'œil nu, s'il se peut.

L'annonce d'un événement aussi inattendu et sa conversation avec la châtelaine avaient profondément troublé Pauline Marzet.

L'idée qu'on prêtait au baron Pottemain d'épouser une institutrice qu'il avait à peine entrevue, lui semblait à ce point invraisemblable qu'elle se demandait si tout ceci n'était pas le résultat des intrigues de Jeanne, qui voyait là assurément une occasion de l'éloigner définitivement de Guermanton.

Pour en avoir le cœur net, elle conçut le projet d'interroger M. de Guermanton.

L'occasion de l'entretenir seule à seul se présenta le lendemain dans l'après-midi.

Elle donnait au fond du parc une leçon de botanique à Berthe et à Georges, lorsque subitement Jacques apparut au détour d'une allée.

Elle s'approcha et aborda carrément la question.