Était-ce bien sérieusement que, depuis la veille, Mme de Guermanton lui parlait de mariage comme d'une chose possible?
Quelle espèce d'intérêt pouvait bien avoir la châtelaine à l'entretenir d'un projet aussi invraisemblable, elle qui n'était qu'une orpheline pauvre?
Comme Jacques gardait le silence:
—Parlez-moi franchement, reprit-elle, vous qui ne m'avez jamais trompée. Servez-moi une dernière fois, vous que j'ai toujours loyalement servi! Dans quel dessein un homme aussi riche pourrait-il se décider à épouser une fille pauvre? Comment même y a-t-il pu songer? Et y songe-t-il seulement?
M. de Guermanton, tout en affectant dans sa marche lente et régulière de jouer avec les cheveux d'or de sa petite fille, se contenta de répondre:
—Vous me demandez un conseil? Eh bien, en conscience, si vous trouvez à vous marier, je vous conseille de vous marier.
—C'est bref, fit Pauline avec dépit. Depuis quelque temps vous me parlez beaucoup moins qu'à l'ordinaire. Je puis à peine vous arracher un mot sur les sujets qui me touchent le plus.
—Pauline, vous me faites beaucoup de peine! fit M. de Guermanton sur un ton d'affectueux reproche.
Pauline tressaillit et leva les yeux avec inquiétude. Elle vit que Jacques la regardait avec une fixité pleine de tendresse.
—Je vous en supplie, reprit-elle, expliquez-moi ce que je dois faire... et pourquoi je dois le faire.