—S'il le faut, je vous répondrai, repartit résolument M. de Guermanton, mais ce ne sera point devant mes enfants.
—Soit... il est aisé de les éloigner.
—Oh! non, pas à présent, dit Jacques avec une intention prudente, un peu plus tard, en présence de Mme de Guermanton.
—Mais Mme de Guermanton me hait! s'écria Pauline.
—Laissez-moi vous assurer que vous vous méprenez sur ses sentiments... Ils sont tout autres... Quant à l'explication que vous désirez, vous l'aurez, je vous le promets...
Elle eut en effet lieu, le soir après dîner, entre Jacques, la châtelaine et Pauline. Elle fut assez vive, mais concluante.
—En résumé, dit Jacques, après quelques escarmouches entre les deux dames, un veuf riche qui passe pour avoir rendu sa première femme heureuse, pense à vous, ne pouvant prétendre à trouver à la fois chez une seconde femme et les grâces que vous avez et la fortune que vous avez perdue. Je comprends, si vous voulez, que la proposition vous surprenne, car un veuf riche, sans enfants, trouve toujours à épouser la fortune en secondes noces. Mais il ne lui est pas défendu de préférer vos mérites à une seconde fortune qui lui est superflue. C'est donc affaire à votre modestie. Vous vous dites:
—La préférence de cet homme n'est pas justifiée.
Pour moi je ne la trouve que trop justifiée par les qualités que je vous reconnais et je m'explique facilement sa préférence. Ah! si c'était le contraire, si c'était vous qui eussiez songé la première à ce mariage, c'est lui qui aurait le droit de se défier. Car, soit dit entre nous, qu'y a-t-il de plus venimeux que la politique des filles pauvres? Mais vous qu'injustement, et depuis votre naissance, le destin a ruinée, vous qui, par tradition, saurez demain être riche sans que la tête vous tourne, je ne vois pas ce que vous appréhendez... Maintenant, Pauline, qu'il ne soit plus question entre nous de ce mariage... Je ne l'ai pas inventé, moi! Du moment que vous nous quittez, je n'accepte pas la responsabilité de votre bonheur. Et croyez pourtant qu'il m'est aussi cher que le mien...
—Une seule question, dit simplement Pauline. Vous qui me le souhaitez pour époux, le choisiriez-vous pour ami? Et encore des amis qui ne se conviennent plus peuvent se quitter, mais des époux...