—Sous la Terreur, objecta le prêtre, on disait la messe avec ferveur dans une grange ou dans une chambre; il n'y avait point de clocher alors. On avait fondu les cloches et on en avait fait des canons: la dévotion sincère n'y perdait rien.
—Tenez, dit bonnement le baron, vous aurez une cloche neuve par-dessus le marché.
Puis, se tournant vers Pauline qui, troublée mais souriante, assistait à cette lutte:
—Ce qui me perd, ajouta le Normand, c'est que personne ici ne jette le moindre petit mot dans la balance...
—M. le curé, dit finement Jacques, pense peut-être qu'une plaidoirie en votre faveur serait superflue.
—Ah! s'il en était ainsi, soupira le baron, en regardant Pauline. Mais il n'y a pas de procès, fût-il bon, où l'on puisse se passer d'un avocat, fût-il mauvais, dit-il en riant.
—Si vous êtes sûr de rendre mademoiselle heureuse, dit gaiement le prêtre, nous vous prêterons main-forte.
—Cela peut-il se demander, s'exclama le baron. Et, ajouta-t-il avec une nuance de tristesse, quel autre dessein pourrait-on prêter à un homme de mon âge et de ma position qui, franchement, n'est plus à faire.
—Voyons, dit Jeanne de Guermanton, si j'essayais, moi qui n'ai rien dit jusqu'à ce moment, de vous mettre tous d'accord. Premièrement, le baron fera ses Pâques; deuxièmement, M. le curé demandera pour lui la main de Mlle Pauline; troisièmement, Mlle Pauline autorisera le baron à lui faire la cour; quatrièmement, le clocher se bâtira pendant ce temps-là; cinquièmement, il sera fini pour la cérémonie du mariage.
—Soit! répliqua le prêtre. Eh bien, si le pacte est conclu, commençons tout de suite. Vous croyez en Dieu, monsieur le baron?