Plus elle se réconciliait avec l'idée du mariage, plus elle s'inquiétait du regret que le baron pourrait un jour éprouver d'avoir pris pour femme une pauvre fille qui ne lui apportait en dot que son trousseau et son diplôme d'institutrice. Mais plus aussi le front de Jeanne de Guermanton s'éclaircissait.
Il semblait que la certitude de marier Pauline lui fit l'effet d'une victoire personnelle et que l'union ne pût être consommée assez tôt.
Mais comme il fallait apaiser l'inquiétude que Pauline se forgeait en songeant à sa pauvreté, Jacques et Jeanne l'emmenèrent un jour à la promenade, par une de ces belles matinées d'hiver où le soleil brille sur les carreaux de givre et où l'herbe reverdie déjà pointe parmi les glaçons et ils la conduisirent dans ce petit vallon, enclavé, au grand chagrin du baron Pottemain, dans les futaies de Bois-Peillot.
Quand ils en eurent fait le tour, Pauline admirant les arbres, qui semblaient avec leurs ramilles d'argent mat sur le fin azur du ciel, le caprice d'un aquafortiste de génie, Jacques lui dit:
—Ce site vous paraît joli, malgré l'hiver?
—Enchanteur! répondit-elle avec effusion.
—Eh bien, Pauline, lui dit le gentilhomme, en souriant, après avoir, d'un coup d'œil, consulté sa femme, ce petit coin de terre est à vous!
—Comment! s'écria la jeune fille, de quel droit serait-il à moi?
M. de Guermanton s'était parfaitement attendu à une résistance.
—Vous vous demandez de quel droit, Pauline? Le droit du plus fort, répliqua-t-il gaiement. Vous avez conquis cette terre à force d'amour et de soins dévoués pour Berthe et pour Georges. Vous allez conquérir le domaine entier, auquel elle appartiendra désormais, par vos grâces et vos vertus. Voilà des moyens d'envahissement dont ne s'était avisé aucun des conquérants célèbres et qui peut-être ne leur auraient pas réussi.