—Fut-elle heureuse? se demanda Pauline. Et elle passa sans oser formuler tout haut la question qu'elle se posait à elle-même, non sans une secrète et indéfinissable angoisse.

Puis, quand elle eut parcouru du grenier à la cave toutes les dépendances du château, le baron lui présenta le personnel de la domesticité qu'avait rassemblé le diligent Pastouret.

L'attention de Pauline se porta principalement sur ce dernier, sorte d'Hercule à la face sournoise, et sur Victorine, robuste Bourbonnaise de vingt-huit ans à qui incombaient le soin de la lingerie et la surveillance générale du service intérieur.

L'importance de cette fille dans la maison était écrite dans sa personne. Son bonnet garni de dentelles, ses riches boucles d'oreilles, un certain tour donné à sa robe, son attitude impérieuse et hardie auraient pu suffire pour signalement.

Mais Pauline n'était ni d'âge, ni d'expérience à juger d'après ces détails que c'était là une servante-maîtresse, ayant joué tous les rôles impliqués par ce mot significatif.

Toutefois, elle éprouva à la vue de Victorine une sorte de répulsion instinctive, le sentiment que cette femme commune la haïssait sans la connaître, un mélange confus de mépris et de jalousie rétrospective.

C'était pour Victorine l'occasion de se recommander à la haute bienveillance de celle qui serait désormais l'arbitre de sa destinée; elle se fit humble et courba l'échine.

La nouvelle baronne coupa court à ces manifestations, sans même prendre la peine de dissimuler son dédain.

Et le soir même, une voiture conduisait à la gare de Moulins les nouveaux mariés.

Deux heures après le départ des maîtres, il y eut grande conférence dans le réduit qui servait à Pastouret de cabinet de travail.