La douleur du baron fut navrante, atténuée à peine par la nouvelle que vint lui annoncer le notaire de Souvigny, chez qui Mme Pottemain avait rédigé son contrat et déposé son testament.

La défunte, qui n'avait pas d'héritiers naturels, laissait à son mari la totalité de ses biens.

Le veuf inconsolable obtint la permission d'inhumer la baronne dans la propriété et il lui fit construire, en témoignage de ses regrets, un magnifique mausolée surmonté du buste sculpté par Romagny.

Tout à sa douleur, le baron Pottemain se voua à un deuil éternel, mais il négligea d'obéir au dernier désir de la mourante. Victorine resta dans la place et dès lors Bois-Peillot retomba sous la domination du couple Pastouret.

Après trois ans de calme et d'une apathie telle que Victorine pouvait cette fois se croire absolument maîtresse de la situation, le baron se réveilla.

Tant il est vrai qu'on se lasse de tout en ce bas monde, même des meilleures choses!

Et il déclara tranquillement, au lendemain de la visite que lui fit le vicomte de Charaintru, que décidément la solitude lui pesait et qu'il songeait à donner à Bois-Peillot une nouvelle maîtresse.

Il s'agissait, cette fois, d'une jeune fille pauvre, mais jolie et fort bien élevée, sur laquelle il avait recueilli les meilleurs renseignements.

Ce fut un coup de massue pour la servante.

Elle mit, ainsi que Pastouret, tout en œuvre pour détourner le baron de ce projet de mariage, mais il se borna à répondre qu'il avait assez vécu dans l'isolement et qu'il était temps pour lui, s'il ne voulait pas se préparer une vieillesse triste et désolée, de songer à se remarier.