Victorine comprit qu'il était inutile d'insister, qu'elle se heurterait sans profit à une résolution bien arrêtée. Elle se résigna. Il était dit qu'avec ce baron de malheur elle échouerait chaque fois qu'elle croyait toucher au but. Mais aujourd'hui plus qu'autrefois, elle se sentait armée pour la lutte et elle attendit de pied ferme.
Pastouret lui-même dut obéir aux ordres de son maître et présider à la transformation du manoir.
Victorine, la rage au cœur, sentait chaque jour son maître lui échapper davantage et, en voyant les embellissements qu'il ne cessait d'apporter au château, elle comprit que le baron était amoureux de sa fiancée comme il ne l'avait jamais été de personne.
Le mariage se fit et la vue de la nouvelle baronne, plus jeune et plus jolie qu'elle, ne put qu'augmenter l'irritation et la haine de la servante.
Désormais, il allait falloir user des grands moyens et peut-être avoir recours à l'intimidation...
Tant pis! Elle et Pastouret étaient décidés à ne rien négliger pour jeter le trouble et la désunion dans le jeune ménage.
Telles étaient les dispositions des deux complices quand Pauline et son mari, après leur voyage de noces, revinrent s'installer définitivement à Bois-Peillot.
Ils purent remarquer qu'une profonde mélancolie se lisait sur le visage de la jeune femme.
Pauline n'avait pas trouvé dans le mariage toute la félicité qu'elle eût pu être en droit de se promettre.
En dépit des prévenances du baron et du soin qu'il avait pris de lui procurer toutes les distractions et de lui faire goûter tous les plaisirs de la capitale, en dépit de l'amour qu'il s'était efforcé de lui témoigner et de l'effort qu'elle avait fait sur elle-même pour y répondre, Pauline n'avait pu vaincre l'instinctif sentiment d'antipathie que lui inspirait son mari.