Dans le regard assez peu franc du baron, ce regard qui lui avait valu du reste le surnom de Sournois, elle n'avais jamais pu s'habituer à lire la sincérité.
Les protestations les plus tendres de son mari lui semblaient une leçon apprise et, comme en somme elle n'avait rien à lui reprocher, elle s'en voulait à elle-même de ne pouvoir assez commander à sa nature pour répondre à l'affection par l'affection.
Elle s'accusait comme d'une faute de cette répulsion sans motif qui lui faisait maudire les embrassements auxquels la condamnait sa situation d'épouse.
Le baron s'étonnait de cette froideur, sans s'en plaindre; il la mettait sur le compte de la différence d'âge et du changement trop brusque d'existence.
Il comptait sur le temps et l'habitude pour arrondir les angles et établir enfin entre lui et la jeune femme un courant de sympathie. En attendant, il redoublait de soins et de prévenances.
Pendant le voyage, Pauline, toute à sa tristesse, n'avait eu aucune initiative à prendre.
De retour à Bois-Peillot, où elle allait avoir une maison à conduire, elle comptait sur ses multiples occupations pour dissiper un peu sa mélancolie en donnant un autre cours à ses pensées. Elle trouva du reste son mari plus attentif que jamais à combler ses désirs.
Elle aimait à monter à cheval. Elle eut chaque jour à l'écurie, toute sellée, à l'heure où elle le désirait, une bête merveilleusement dressée.
Elle avait de son enfance conservé le goût des armes à feu que son père, durant son voyage aux Indes, lui avait appris à manier admirablement. Elle eut à sa disposition carabine, revolvers et pistolets de tir, avec un stand spécialement établi pour son usage.
Le baron Pottemain s'ingéniait à trouver chaque jour de nouvelles distractions, afin de chasser l'humeur noire de sa femme.