A onze heures, les chasseurs prirent position.

Ils furent échelonnés dans toutes les lignes du bois et les rabatteurs, sous la direction de Pastouret, commencèrent leur office.

Ce fut dès lors un crépitement de fusillade ininterrompu qui ne prit fin que vers le soir.

De toutes parts débouchaient les lapins refoulés sous le feu des tireurs, qui firent une véritable hécatombe.

Un incident se produisit qui pouvait avoir une issue funeste et qui amena une sueur froide sur le front de M. de Morvins.

Le baron, prévoyant que quelques chevreuils affolés pourraient passer à portée des chasseurs, les avait prévenus de tenir en réserve quelques cartouches de gros plomb.

A un moment donné, M. de Morvins, croyant voir s'agiter dans un fourré une masse de couleur fauve, tira au jugé.

Presque aussitôt, et au moment où il allait redoubler, un être bizarre écarta les branches du hallier et sauta sur la route en poussant un éclat de rire.

C'était un de ces enfants abandonnés qu'on nomme des berdins dans le patois du pays et qu'on emploie, faute de mieux, à garder les troupeaux.

Le procureur frémit, bénissant sa maladresse qui lui avait fait rater le pauvre garçon. Quand il fut revenu de son émotion et qu'il voulut admonester le berdin, celui-ci avait déjà disparu.