Victorine hocha la tête et reprit:
—Un accident fait exprès, madame... Pastouret en savait trop long!... Alors on l'a tué...
Pauline se leva, frémissante:
—Je ne permettrai pas... balbutia-t-elle.
—Je vous en prie, madame, interrompit tranquillement Victorine, écoutez-moi... Le pauvre avait quasiment l'idée de ce qui lui arriverait et il avait consigné ce qu'il savait dans un papier que voici... Il y a là l'explication de tout... ajouta-t-elle en tendant à sa maîtresse une enveloppe fermée qu'elle tira de sa poche.
Pauline rompit vivement le cachet et jeta les yeux sur un papier couvert d'une écriture moulée admirable qu'elle reconnut aussitôt.
C'était bien l'écriture de Pastouret.
Un instant, elle hésita avant de lire.
—Je sais tout ce qu'il y a là-dedans, reprit l'impitoyable servante, et j'aurais pu porter tout cela à son adresse, au procureur... Mais j'aime pas mettre les gens de justice dans mes affaires... Je préfère vous donner cela à vous... Vous verrez là-dedans ce que le Sournois a fait de sa première femme... ce qu'il ferait de moi, si je ne me tiens pas sur mes gardes, ce qu'il fera de vous... quand il en aura assez... Vous comprendrez aussi pourquoi Pastouret est mort... Ah! il se doutait, le Sournois, que Pastouret lui avait préparé un plat de sa façon... Depuis hier, il a retourné tout le petit cabinet où le pauvre garçon serrait ses papiers... Il n'a rien trouvé... moi, je reste pour venger le mort... et je vous jure que je le vengerai... Quant à vous, madame, vous ne m'aimez pas, puisque vous avez voulu me renvoyer, ça m'est égal, je ne vous en veux pas et la preuve, c'est que je vous rends service en vous prévenant... Que madame la baronne fasse maintenant ce qu'elle jugera à propos!
Et Victorine sortit, fière d'avoir rempli une mission qui la faisait désormais l'unique maîtresse de Bois-Peillot.