Elle savait d'avance que Pauline ne dénoncerait pas son mari, mais elle venait de rendre désormais impossible l'existence commune entre les deux époux.

Quant à elle, elle regrettait assurément Pastouret, mais la connaissance du passé de son maître mettait désormais le baron à sa merci...

Une fois Pauline écartée, elle se chargeait d'enlever au Sournois la tentation de la traiter comme il venait assurément de traiter le malheureux Pastouret...

—Et restant le témoin unique, se disait-elle, part à deux, ou sinon!...

Cependant Pauline, atterrée, considérait le papier accusateur d'un œil hagard, sans oser en prendre connaissance... Enfin, lorsque Victorine eut disparu, elle se décida...

Mais à mesure qu'elle poursuivait sa lecture, il lui semblait que les caractères étaient rouges comme du sang et qu'ils étaient tracés dans le vide.

Elle avait horreur de ce qu'elle lisait, sans pouvoir en détacher ses regards. Sa main tournait machinalement la page dévorée et d'un geste si absolument involontaire qu'elle croyait sentir une invisible force conduire, en la meurtrissant, sa propre main!

Ce n'est plus une lecture, c'était Pastouret, Pastouret le mort, qui se dressait devant elle avec sa face ensanglantée et qui parlait!

Elle étouffait en finissant. Elle se leva, courut à travers la chambre, reprit sa lecture, ne put la continuer, se crut folle, regarda par la fenêtre si personne ne la voyait, ne venait, serra le papier dans son sein, l'en retira comme s'il la brûlait, le cacha dans sa poche, ouvrit la porte, gagna l'escalier, puis le perron, à pas légers, tourna l'angle de la terrasse, dans l'espoir de n'avoir été ni remarquée, ni entendue:

—De quel côté Guermanton?