«M. Méténier n'est pas content. Nous le comprenons sans peine; mais nous avouons que nous ne sommes pas autrement fâché de sa mésaventure.

»Il était nécessaire pour les auteurs d'aujourd'hui et pour ceux de demain qu'une nouvelle incartade de la censure attirât sur elle l'attention générale.

»Or, cette fois, la chose nous paraît devoir prendre une tournure nouvelle.

»Fort habilement, M. Méténier oppose l'une à l'autre deux administrations, et il nous paraît difficile que du conflit qui ne va pas manquer d'éclater entre M. Larroumet et M. Bourgeois, il ne sorte pas quelque avantage pour les littérateurs.

»Déjà, les journaux semi-officieux déclaraient hier soir que seul le ministre avait mis l'interdit sur En Famille; or, d'après M. Méténier, c'est M. Larroumet qui est le coupable.

»Qui trompe-t-on?

»Le ministre va-t-il endosser la responsabilité? Mais M. Bourgeois est un ministre radical, ennemi par ses principes mêmes de tout ce qui sent son privilège et son abus de pouvoir des temps passés, et s'il est reconnu que c'est véritablement lui qui a censuré, lors de la discussion du chapitre du budget qui le concerne, il pourrait bien s'attirer quelques réflexions ou modifications désagréables.

»Si, au contraire, M. Bourgeois rejette la responsabilité sur M. Larroumet, il avoue son impuissance et en même temps l'omnipotence du charmant universitaire.

»De quelque côté qu'on envisage la question, elle paraît difficile à résoudre autrement que par la mort sans phrases de cette vieille rageuse d'Anastasie.

»Son existence ne correspond à aucun de nos besoins. Souverainement antipathique, ridiculement maladroite, niaisement appliquée, la censure a contre elle tout ce qui tient une plume, ou même un crayon.