Que de comédies amusantes aussi ne se sont-elles pas nouées et dénouées dans son bureau!

En outre, le commissaire possède des moyens d'information qui le renseignent à l'occasion sur la vie privée, la moralité de chacun de ses administrés, et au bout de quelques années de séjour dans un quartier, il sait exactement à quoi s'en tenir sur le compte de tous les habitants, j'entends de ceux qui n'appartiennent pas à la population flottante.

Aussi, que de secrets de famille dont il est le dépositaire! Que de hontes ignorées dont il est le confident! Mais comme le confesseur, le commissaire oublie tout sur le seuil de son cabinet.

Il m'arrive encore maintenant d'être salué très bas par des gens dont je ne veux pas même me rappeler le nom, qui jouissent dans leurs quartiers d'une grande considération, mais dont j'ai su, par état, les gredineries cachées.

Il n'y a plus qu'eux qui s'en souviennent.

C'est ainsi que je me suis formé cette opinion que de même qu'il n'y a pas de dévouement absolu, il n'y a pas d'honnêteté absolue... Je dirai plus: au sens strict du mot, la vertu est un mythe, et voilà pourquoi nos livres paraissent amers..., parce qu'ils sont vrais.

J'ai donc été à même, par mes fonctions, d'établir une comparaison entre la moralité des gens du monde et celle des gens du peuple, puisqu'après avoir été successivement secrétaire dans le quartier de l'Opéra, aux Champs-Elysées, voire dans le noble faubourg, j'ai terminé ma carrière administrative dans les quartiers de la Roquette et de la Chapelle.

J'ai le regret de l'avouer, l'avantage, dans mon esprit, ne reste pas au beau monde.

Le vice y est moins apparent, mais il y est plus fréquent et moins pardonnable, parce qu'il y est conscient.

On commet au fond des appartements dorés, sur le boulevard, les mêmes infamies qu'au fond des hôtels garnis, ou à la place Maubert, mais on les cache soigneusement.