J'ai écrit ma pièce avec sincérité, ne reculant devant aucune expression, aucun détail de mœurs quelque répugnant qu'il pût être, parce que j'ai voulu donner l'impression de la vérité.

A ceux qui prétendent que j'ai voulu faire œuvre de scandale et que d'ailleurs ces mœurs brutales n'intéressent personne, je répondrai:

—Ceci est une opinion, attendu qu'elles m'intéressent, moi, et qu'au besoin cela suffit... Mais le public en venant et en m'applaudissant m'a bien prouvé que cela l'intéressait aussi.

Aux vertus qui protestent au nom de la morale, je répondrai au contraire que ma pièce est chaste en dépit des violences qu'elle contient. Elle dénonce une plaie sociale et ne donne à personne l'envie d'imiter mes héros.

A ce propos je demande la permission de citer ici quelques phrases d'un des plus distingués critiques de cette ville, M. Georges Rénory, qui dans un compte rendu très juste de Monsieur Betsy écrivait dernièrement:

«La seule pièce ou le seul roman immoral (j'ajoute, moi, s'il pouvait y en avoir un), serait la pièce ou le roman qui, doucement, modérément, avec des élégances bourgeoises, des caresses de langage, entraînerait le lecteur ou le spectateur en dehors des conventions de mœurs, jugées à tort ou à raison, nécessaires par la grande masse pour le maintien de l'ordre établi.»

Et notez que, moi, je ne condamne pas même celui-là, l'écrivain étant maître de traiter son sujet au point de vue particulier qui lui convient ou qu'il croit le plus propre à intéresser.

Après tout, la morale n'est qu'une convention relative, modifiable selon les climats, les époques, les latitudes.

Chez nous, à Paris, chaque classe de la société a sa morale particulière.

«Or, dans Monsieur Betsy, continue M. Rénory, on nous offre le spectacle d'une morale différente de celle dans laquelle nous vivons et ayant force de loi dans un monde spécial. Nous trouvons cela curieux, parce que cela nous paraît insolite; mais je vous défie bien de découvrir dans tout ceci l'ombre d'un prosélytisme conscient ou inconscient.»