Nous avons, vous et moi, des notions apprises, des penchants ataviques, des opinions conventionnelles qui sont une autre morale, voilà tout. Sommes-nous bien sûrs d'être dans le vrai?

Mais sans vouloir pousser plus loin la discussion, pourquoi le roman, pourquoi le théâtre s'arrêteraient-ils devant certains êtres, qui sont, qui ont le droit d'être et qui au contraire font très salutairement réfléchir, parce qu'ils pensent autrement que nous?

Je n'admets pas plus la critique des tendances d'un roman que la critique des tendances d'une pièce.

Comme je l'ai dit tout à l'heure, ni le livre, ni le théâtre ne sont obligatoires.

Le titre du livre ou de la pièce, le nom de l'auteur,—la presse, si ce nom m'était inconnu,—me renseignent suffisamment.

Vous n'avez pas le droit de m'empêcher d'acheter ce livre, ni d'aller voir cette pièce, parce que tous deux sont contraires à votre morale à vous.

Si l'autre me plaît davantage, c'est mon affaire.

Faites comme moi: quand on joue Le Maître de Forges, restez chez vous, abstenez-vous!.. Mais n'entravez pas ma liberté et ne m'empêchez pas d'aller entendre La Casserole.

La critique, en France, ne veut pas comprendre cela.

Ici, mesdames et messieurs, l'habitude de la liberté vous fait juger toutes choses sainement, largement, sans parti-pris, avec une hauteur de vues inconnue chez nous.