Et le lundi je mettais ma plus belle redingote et je me présentais à l'immeuble de la rue de Valois. En voilà un monument qui n'a pas de veine! Avoir pendant des siècles abrité des rois et en être réduit à servir de réceptacle à un Larroumet! Je n'attendis pas longtemps, cinq minutes environ. On m'introduisit.

M. le directeur fut aimable et fort poli, quoique froid, comme il était prescrit.

—Monsieur, me dit-il en substance, non seulement j'ai lu votre acte, mais je l'ai vu jouer, et, ajouta-t-il avec un sourire qu'il s'efforça de rendre gracieux et sur lequel il n'y avait pas à se méprendre, je n'ai pas à vous donner ici mon impression de confrère; mais le fonctionnaire a le regret de vous annoncer que M. le ministre, obéissant à des considérations qu'il ne m'appartient pas de juger, a purement et simplement confirmé l'interdiction de son prédécesseur, M. Fallières.

Au mot de confrère, j'avais bien envie de protester. Je me retins pour ne pas aggraver ma situation; mais en entendant la fin de la phrase, je ne pus m'empêcher de me récrier.

—Il ne m'appartient pas d'apprécier la décision de M. le ministre. Je ne suis qu'un intermédiaire, à mon regret, déclara de rechef l'homme poli.

—Cependant, monsieur, nous sommes en République; on a joué ma pièce sans protestation à Bruxelles, dans une monarchie, au théâtre de la Reine... A Paris, plusieurs milliers de personnes l'ont entendue et applaudie.

—Je n'ai pas à apprécier la décision de M. le ministre, répéta immuablement le directeur des Beaux-Arts.

—Mais enfin, le ministre et vous-même venez d'encourager, par une subvention déguisée de cinq cents francs par an, ce même Théâtre-Libre que En Famille, pour sa faible part, a contribué à fonder.

—Nous avons entendu encourager l'ensemble de la tentative de M. Antoine, non certaines pièces prises en particulier, les Chapons, par exemple.

—C'est entendu! J'en excepte celles qui ont causé quelque scandale, mais la mienne, monsieur, qui a été louée même par M. Sarcey, je suppose qu'elle entre bien dans l'ensemble dont vous parlez. Alors je ne comprends pas... Donnez-moi une raison.