Néanmoins, elle garda le maillot. Elle se souvenait de ses succès de marcheuse; elle fit la parade en costume, concurremment avec Boyau-Rouge, et la prospérité de son établissement s'en accrut tant, qu'elle ruina du coup l'industrie de la mère Voiret, trop vieille pour pouvoir lutter.
On n'allait plus que chez la belle créole, dont l'installation devenait de jour en jour trop petite pour contenir toutes les attractions qu'elle avait su grouper.
Sous son intelligente direction, sa grande baraque était devenue un conservatoire où l'on apprenait toutes les danses du monde, une Cour des Miracles où l'on rencontrait tous les phénomènes.
Mais elle n'exhiba jamais que des «personnes du sexe».
Ce fut elle, notamment, qui lança la femme-poisson, un monstre authentique, qui n'avait à chaque main que deux doigts en forme de pinces de homard; la Nageuse, une femme qui restait deux minutes sous l'eau.
Ce fut elle qui perfectionna les trucs célèbres, mais un peu usés, de la femme-torpille et de la femme tigrée.
Pour cette dernière exhibition, il suffisait de se procurer un sujet de bonne volonté de dix-huit à vingt-cinq ans, jolie autant que possible, mais qui consentit à se défigurer.
Par des brûlures au pétrole ou à l'aide de la pierre infernale, on marbrait la poitrine de la patiente, ses deux bras et une jambe—toujours la même, celle qu'elle déchaussait à la demande du public et moyennant un petit supplément—et le tour était joué.
Il ne restait qu'à «remaquiller» la pauvre fille aux mêmes endroits et tous les deux jours.
Pour les femmes colosses, elle avait inventé tout un système de mollets élastiques, de chaises très hautes, de tabourets dissimulés sous des tapis, ce qui donnait une apparence de géantes aux femmes vêtues de longues robes, traînantes et rembourrées, et assises sur une estrade élevée, entourée de glaces de tous côtés, les sujets fussent-ils de taille moyenne.