Elle n'apercevait pas ce que sa conduite privée avait de parfaitement scandaleux et ne se doutait pas du caractère ignoble de son industrie.

Elle avait fondé un entresort. Elle avait accepté de s'exhiber. Elle avait dû, pour obtenir un résultat, se conformer aux obligations qui constituent la seule chance de réussite d'un établissement de ce genre.

A sa vue, elle avait exercé son métier habilement, voilà tout. Mais son honnêteté n'avait pour cela reçu aucune atteinte.

Bref, le mariage eut lieu, au milieu d'une affluence considérable de forains et d'amis que la décision cocasse de Louise amusait autant que l'attitude recueillie et sérieuse qu'elle garda pendant les deux cérémonies, à la mairie et à l'église.

Boyau-Rouge remplissait le rôle de garçon d'honneur.

Quant à Tabary, il était tout heureux des marques de sympathie, trop chaleureuses pour n'être pas ironiques, qu'on prodiguait à sa femme, et il serra consciencieusement toutes les mains qui se tendaient vers lui.

Dans la soirée, après le repas, il fut pris d'un accès d'attendrissement et il serra sur son coeur sa chère femme, ce modèle des épouses, mais Louise se dégagea doucement et elle l'envoya se coucher dans la caravane particulière où il vivait depuis déjà longtemps, seul, avec les appareils photographiques dont il n'avait pas consenti à se séparer.

Quant à elle, elle continua à présider la petite fête, sans qu'elle se sentît autrement émotionnée par la gravité de l'acte qu'elle avait accompli le matin.

Toutefois, à partir de ce jour, elle renonça à figurer sur l'estrade, au milieu de ses pensionnaires.

Elle était la patronne, une femme établie, légitimement mariée, ayant de la surface, il ne lui convenait plus de se mêler à un tas de figurantes...