—Vois-tu, dit-elle à Tabary, nous avons pu, dans notre jeunesse, commettre quelques inconséquences... Aujourd'hui que nous sommes en passe de devenir les forains les plus calés du Voyage... nous n'avons pas le droit de vivre en dehors de la règle commune...
Et elle ajouta sérieusement:
—Pour notre dignité et pour notre considération, il faut que nous soyons mariés...
—On a bien vécu toujours comme ça, objecta Tabary.
—Ça ne fait rien, vois-tu, ça fait causer! répliqua l'inconsciente Loïsa. On se dit en parlant de toi:—En v'là un fainéant, ce Tabary, qui se fait nourrir par sa femme! Tandis qu'étant mon mari, on te respectera et on ne dira plus rien.
—Alors, dit Tabary, si tu crois que c'est mieux comme ça, je veux bien... Et Boyau-Rouge, qu'est-ce qu'il en pense?
—Il pense comme moi... D'ailleurs, voilà que notre fils grandit. Nous allons le reprendre avec nous... Il sera pas long à comprendre maintenant, ce petit-là... intelligent comme il est!... Tu ne voudrais pas qu'il rougisse de ses parente.
Cette considération sentimentale fit grand effet sur Tabary.
—Oui... décidément, tu as raison. A cause de notre fils, il faut que nous soyons mariés.
L'inconscience de Loïsa était sincère.