Il en avisa Louise Tabary. La belle créole s'émut de cet état.

Elle réfléchit longtemps et l'hypothèse de la mort de Charles lui apparut menaçante. Car enfin elle avait un fils qui s'appelait aussi Tabary et elle était toujours demoiselle.

Elle devait à sa dignité de ne pas rester plus longtemps dans une situation qu'elle trouva équivoque, et, puisqu'elle avait le père sous sa coupe, qu'il avait bien voulu jadis l'épouser, il fallait réaliser ce projet au plus vite.

La situation fausse de Charles, mari et père in partibus, deviendrait normale et honorable dès qu'il serait mari légitime.

Maintenant qu'elle avait vingt et un ans accomplis, elle n'aurait plus à craindre d'ennuis de la part de sa mère. Ses frères et soeurs devaient être grands.

Au besoin, maintenant qu'elle était établie, riche et considérée, elle prendrait sa famille avec elle.

Elle eut quelque peine à en retrouver la trace. Sa mère était morte, ainsi qu'un de ses frères.

Il restait un garçon de dix-huit ans et une soeur de seize ans, aujourd'hui tous les deux employés dans une fabrique de chaussures.

Elle leur fit quitter leur emploi, confia à son frère la surveillance d'une partie du personnel et commit la jeune fille aux soins de son ménage particulier.

Fière d'avoir saisi cette occasion de se montrer bonne soeur, elle songea à se montrer bonne mère.