Après chaque fugue, à la fin de chacun de ses engagements en province ou à l'étranger, elle revenait à son point de départ.
Elle avait conservé auprès d'elle la troupe de danseuses qu'on avait formée à son intention et elle était devenue patronne.
Propriétaire de trois immenses caravanes, d'un matériel très complet et très luxueux, elle rêva d'organiser sous son unique direction, la série complète de toutes les attractions des entresorts.
C'était encore une idée suggérée par Boyau-Rouge.
C'est ainsi qu'outre le Concert Tunisien, dont elle était l'étoile, elle eût une femme torpille, une femme colosse, une femme tigrée...
Elle liait à elle ses pensionnaires par des engagements très durs, leur enlevant toute liberté, afin de les avoir toujours sous la main...
Son installation devenait plus que jamais le rendez-vous du Paris qui s'amuse; plus que jamais l'intelligence et la bonne volonté de Boyau-Rouge trouvèrent leur emploi.
Comme Loïsa jadis et sous la surveillance de la patronne, ces dames mirent à profil ses bons offices, toujours rendus avec tant de discrétion que la police qui se doutait bien un peu du trafic, ne put jamais les trouver en défaut, et la belle créole gagna en argent tout ce que la morale perdait en cette affaire.
Cependant Charles Tabary vieillissait à vue d'oeil, non qu'il fut très âgé—il avait dépasse à peine la quarantaine—mais l'oisiveté dans laquelle on le faisait vivre avait développé en lui l'amour de la boisson.
Son intelligence s'était épaissie, et un jour Boyau-Rouge constata que l'ami Charles avait un commencement de tremblotte.