Des offres d'emploi, Louise Tabary n'avait cure, mais elle relevait soigneusement les adresses et se rendait immédiatement au domicile de celles qui demandaient de l'ouvrage.

C'étaient la plupart du temps de pauvres filles, pressées par le besoin, tentant un dernier effort avant de succomber et qu'un reste de dignité avait préservées jusque-là de l'irrémédiable chute...

Elle se présentait pour offrir, disait-elle, un travail facile, qui ne demandait que de la bonne volonté et un peu d'intelligence, sans toutefois s'expliquer davantage.

Si la personne était vieille ou difforme, ou seulement laide, après un bref interrogatoire et quelques phrases banales d'excuses, elle se retirait.

—Décidément, non... à mon grand regret, vous ne pouvez convenir pour l'emploi que j'aurais désiré vous confier... Je vous demande pardon... Ce sera pour une autre fois...

Si elle était jolie, bien faite, Louise Tabary appréciait d'un coup d'oeil le dénuement probable dans lequel devait se trouver la pauvre fille et aussitôt commençait son boniment.

Mon Dieu! elle n'était ni couturière, ni blanchisseuse, ni culottière, mais elle était à la tête d'une maison prospère, comptant beaucoup d'employées, qu'elle traitait comme ses enfants... Chez elle, on retrouvait une famille et c'était vraiment une chance, pour une jeune personne comme il faut et qui veut gagner honnêtement sa vie, de tomber sur une femme comme elle.

—Voyez, mon enfant, quels avantages je vais vous offrir... Vous serez logée, vêtue, nourrie... Vous n'aurez que peu de chose à faire... Cela vous va-t-il?

—Mais encore faudrait-il savoir?...

—C'est bien simple. Je suis à la tête d'un établissement très important, d'un théâtre ambulant, et j'ai besoin pour mon contrôle de jeunes personnes avenantes et sûres... des caissières enfin! Quatre heures d'un travail où vous n'aurez qu'à sourire et à être polie avec le public... Cela vous sera facile... Remarquez bien que si cela ne vous convenait pas, je ne vous retiendrai pas de force, mais il ne coûte rien d'essayer!