Neuf fois sur dix, alléchée par les promesses et le ton maternel de Louise Tabary, la jeune fille acceptait.

Pendant les premiers jours, en effet, l'associée de Boyau-Rouge faisait tenir le contrôle à la nouvelle venue, puis, lorsque celle-ci était un peu apprivoisée, lorsqu'elle paraissait habituée à ce nouveau genre de vie, la patronne revenait à la charge.

Il était vraiment déplorable de voir une aussi jolie fille se contenter d'un gain aussi dérisoire, quand d'autres qui ne la valaient pas paradaient sur l'estrade, réalisant des bénéfices qu'elle n'atteindrait jamais dans son emploi... Justement, elle avait dans sa troupe une place vacante.

—Vous n'avez pas à vous inquiéter du costume... ni du linge... Je vous fournirai tout... à crédit... Si vous restez à la maison, tout ce qui vous aura servi vous sera acquis sans que vous ayez bourse à délier...

La caissière, qui parfois avait regardé avec envie ses compagnes plus favorisées, ornées d'oripeaux éclatants, tentait l'expérience et la baraque s'augmentait d'une pensionnaire régulière de plus.

Louise Tabary comptait justement sur l'influence du milieu, les liaisons nouvelles pour abolir chez la jeune fille les derniers préjugés et insensiblement elle la faisait rentrer sous la règle commune.

Au bout de quelques années de cette exploitation raisonnée, elle trouva dans son fils Jean un nouvel auxiliaire.

Aussitôt après son mariage avec Tabary, qui de mois en mois, devenait plus gâteux, elle avait retiré de nourrice son enfant et l'avait gardé avec elle jusqu'à l'âge de dix ans.

Elle l'avait ensuite placé en pension, mais bientôt le gamin avait déclaré qu'il entendait rester avec sa mère, et cette femme autoritaire, brutale jusqu'à la cruauté, ne s'était pas senti la force d'imposer sa volonté.

Elle avait une tendresse aveugle pour ce petit, qui grandissait et à qui elle exigeait qu'on laissât une liberté entière. Aussi donnait-il un libre cours à ses mauvais instincts.