—Tu aurais tort, dit Louise, un compliment, ça fait toujours plaisir... quand on a mon âge...
—Tu sais, continua François, tout est arrangé, conclu et bâclé... Jean aura trois cents francs par mois et nourri... C'est pour rien!... Pense donc! je n'aurai plus à m'occuper de ça... A ce propos, faut pas oublier que nous ouvrons demain... Si on allait s'assurer que nos bêtes—et il appuya sur nos—ne manquent de rien... D'ailleurs, il faut bien que tu fasses connaissance avec elles... Tu sais, y en a pas mal de nouvelles... Tu vas voir...
Il se leva avec peine et descendit dans la ménagerie, suivi de ses convives.
—Hep! le pisteur! a-t-on préparé le boulotage?
—Oui! m'sieu Chausserouge, le boucher a fait les parts! On attend l'heure pour la distribution!
—C'est bon! éclaire-nous!
Et tandis que les animaux, réveillés par la lumière et reconnaissant leur dompteur, venaient flairer en grondant les barreaux des cages, il fit faire aux Tabary le tour de la ménagerie, appelant au passage chaque bête par son nom, donnant des explications sur leurs moeurs, leurs habitudes, leur travail, comme s'il avait affaire à son habituelle clientèle.
—Voilà Néron... mon vieux Néron, le plus beau lion qu'il y ait sur tout le Voyage, et puis ses deux femmes, Rachel et Saïda... Voici Turc, une sale bête qu'il faut tenir tout le temps à l'oeil si on ne veut pas être égratigné... Voici Jim et Toby, les deux premiers tigres royaux qui aient été dressés... encore deux camarades pas bien commodes... puis quatre loups russes que je viens d'acheter et que je vais faire travailler... Voilà mon léopard Agésilas, bon garçon quand il veut, mais hypocrite endiablé... la Grandeur, un petit amour d'ours des cocotiers, rigolo comme tout, c'est mon clown! Faut voir sa gueule, quand je le fais entrer dans la cage de Néron... Et puis voilà Moquart, mon éléphant... toujours à côté de son ami Gustave... tu vois, là-bas, le cormoran!
Et, s'approchant de l'oiseau, il lui passa la main sur le bec affectueusement:
—Bonjour, mon vieux déplumé!