—Mais tu ne vois donc pas que tous ces gens-là t'exploitent! Tu manges ton bénéfice positivement en payant fort cher des gens qui ne valent certainement pas l'argent que tu leur donnes... Je me charge, moi, de faire le boniment aussi bien qu'Auguste... Tu te plains parce que je prends tes intérêts! Elle est raide, celle-là!
—Mais le chef de piste! C'est lui qui fait passer les animaux d'une cage dans l'autre, pendant les représentations! Je ne tiens pas à ce qu'on se trompe... Un accident est si vite arrivé! Avec lui, j'étais tranquille! Il savait faire entrer les animaux et les faire sortir au moment précis!
—Je m'en charge encore! dit Tabary.
—Mais tu ne peux pas tout faire... Et d'abord tu n'as pas l'habitude du métier!...
—Je la prendrai, en attendant que j'en dresse un jeune, qui te coûtera infiniment moins cher.
—Dans tous les cas, c'étaient de vieux serviteurs qui avaient connu mon père, qui m'avaient vu enfant...
—Oh! Oh! si tu entres dans les considérations sentimentales, il n'y a plus d'affaires possibles!
Et François, peut-être pas persuadé, mais vaincu par l'insistance de son aide, laissait faire.
Jean Tabary ne s'en tint pas là; pour continuer l'épuration, comme il disait, il donna leurs huit jours aux musiciens français de l'orchestre, dont il fit prendre la place par des ramonis allemands.
Ceux-là, on les avait à moitié prix et ils jouaient des airs de leur pays. Pas de droits d'auteur à payer.