—Le public va se fâcher! objecta timidement François. Il y a déjà eu des histoires parce qu'on employait des étrangers sur la parade.
—Je veux bien, moi! répliquait Jean qui avait toujours une raison à donner, expose-toi tous les jours à te faire bouffer par tes bêtes... uniquement pour le plaisir d'enrichir tes compatriotes avec l'argent que tu gagnes au péril de la vie, je veux bien! C'est stupide, mais c'est d'un bon Français!... Ah! tu comprends le commerce, toi!
Bref, au bout de peu de temps, il ne restait plus personne de l'ancien personnel.
Il avait été tout entier remplacé par des créatures de Jean Tabary, des individus plus ou moins tarés, qui avaient été les compagnons de débauche du régisseur.
Maintenant le fils de Louise Tabary était sûr de ne se heurter à aucune résistance. On exécutait ses ordres et tout pliait devant son autorité, que celle de Chausserouge contrebalançait à peine.
Une seule volonté lui faisait obstacle et l'empêchait de se considérer comme le chef occulte, mais suprême de la ménagerie, mais un obstacle devant lequel se brisait toute sa diplomatie.
Amélie ne cessait de lui témoigner l'antipathie, la plus franche, et bien qu'elle ne prit aucune part à l'administration, elle ne perdait jamais une occasion de s'élever avec force contre des réformes qui devaient, à son avis, conduire l'établissement à sa ruine.
C'était entre elle et son mari un éternel sujet de discussion. Elle n'avait pu prendre son parti de l'ingérence dans la maison de ce Jean, dont elle avait tant redouté dès le premier instant la funeste influence.
Tabary avait bien fait tous ses efforts pour faire revenir la jeune femme sur sa mauvaise impression.
Voyant qu'il ne pouvait y réussir, qu'au contraire, elle cherchait par tous les moyens à le perdre dans l'esprit de son mari, il entra résolument en lutte avec elle. On verrait bien qui resterait vainqueur.