—Je t'avais bien prévenu, dit-il à François, le jour où tu m'as fait part de ton projet de te marier avec la fille du père Collinet... Maintenant tu n'es plus le maître chez toi... elle te mène par le bout du nez... C'est facile à voir...
—Amélie s'occupe du ménage et pas d'autre chose... riposta Chausserouge. Elle m'obéit et je ne reçois d'ordres de personne...
—Non... mais avec ça que je ne m'aperçois pas que tu n'es plus le même chaque fois que tu viens de la quitter... Elle te fourre des idées dans la tête et il n'y a plus moyen de te faire entendre raison. Je voudrais avoir une femme qui se permettrait de me faire... simplement des observations. Nous verrions ça!
—Le fait est qu'elle ne t'aime pas... Mais la preuve que je ne la consulte pas, c'est que tu es ici... malgré elle.
—Pour une fois que tu as montré de l'énergie! Pardieu, il n'aurait plus manqué que dans cette occasion-là tu n'aies pas prouvé que tu étais le maître! Je voudrais bien savoir comment tu aurais fait pour t'en tirer! Mais, mon vieux, ne passe donc pas ta vie dans les jupes de ta femme! Tiens, ce soir, il y a quelques amis qui viennent après la représentation rigoler dans la caravane de la mère Tabary... On fera une petite partie entre copains... Veux-tu venir?
—Je ne sais pas si...
—Tu vois! Tu n'oses pas répondre sans consulter ta femme.
—Eh bien, j'irai! dit Chausserouge piqué au vif.
—C'est bon, je compte sur toi! On verra si tu es de parole!
Chausserouge rentra chez lui et prévint sa femme de son intention d'aller passer la soirée chez les Tabary.