En même temps, elle approcha encore sa chaise et le dompteur sentit le genou de sa voisine frôler son genou.

Il la regarda. Louise Tabary, absorbée en apparence par l'examen de son jeu, gardait un visage impassible. Peut-être était-ce une rencontre fortuite. Il attendit une minute, puis, timidement, il hasarda à son tour une pression significative à laquelle répondit immédiatement une autre pression.

Dès lors il n'eut plus de doute; c'était bien de la part de sa voisine une invitation à pousser plus loin les choses.

Et son esprit s'égara en mille suppositions.

Était-ce de la part de Louise un calcul ou bien un caprice, une fantaisie subite à laquelle elle cédait irrésistiblement?

Il la considéra à la dérobée et elle lui apparut tout d'un coup sous un jour nouveau.

Décidément, et bien qu'elle frisât la quarantaine, elle était encore très bien. Pas de rides, des yeux noirs, des lèvres sensuelles qui, s'entr'ouvrant, laissaient apercevoir une irréprochable dentition, des narines mobiles, un embonpoint léger qui était un charme de plus, enfin le fruit très sain dans tout l'éclat et la saveur de sa maturité.

Et son souvenir le reportant dix ans en arrière, il se rappela la réputation de Louise, du temps qu'on l'appelait encore la belle Loïsa.

En même temps qu'il avait été la coqueluche des belles dames, elle aussi avait fait courir tout Paris... Et une légende avait couru sur son compte.

Elle avait été faible et l'on racontait sur le Voyage qu'elle méritait son succès par son expérience consommée des choses de l'amour... On ne l'oubliait plus quand on avait une fois obtenu ses faveurs...