Boyau-Rouge, avec qui sa liaison avait été publique et qui se connaissait en femmes, n'avait-il pas déclaré maintes fois, avec son habituelle fatuité—car il ne brillait pas par la délicatesse—qu'il n'avait jamais eu maîtresse si experte!... Cependant elle était jeune, dans ce temps-là, à un âge où la femme n'est pas encore en pleine possession de ses facultés...
Et soudain le désir naquit en lui, persistant, tenace, de posséder cette femme, qui semblait s'offrir à lui... un désir de brute, pareil à celui qu'il avait éprouvé jadis, en province, le jour où il avait tenté de prendre Amélie, avant son mariage...
Une comparaison s'imposa à son esprit qu'il ne put vaincre, entre cette créature plantureuse et bien en chair et ce maigrichon d'Amélie, toujours malade depuis la venue de Zézette, déjà vieillotte, malgré ses vingt-deux ans.
Jean Tabary avait bien eu raison, jadis, lorsqu'il l'avait mis en garde contre l'entraînement auquel il avait cependant cédé... il avait bien raison lorsqu'il lui reprochait sa faiblesse...
Non! Amélie n'était certes pas la femme qu'il lui fallait, à lui, l'homme d'action avant tout...
Elle n'avait pas su comprendre son caractère; il n'avait pas trouvé auprès d'elle la satisfaction qu'il était en droit d'attendre.
Eh bien! il secouerait le joug, montrerait qu'il était le maître et tant pis pour elle, puisqu'elle le forçait à chercher ailleurs quelqu'un dont le tempérament pût répondre aux besoins de sa nature!...
Sa pensée vagabondait... il n'était plus au jeu et commettait fautes sur fautes...
A une heure, il avait perdu vingt-cinq francs.
—On étouffe ici! dit tout à coup Louise, en faisant signe à son fils d'entrebâiller la porte de la caravane.