Cette ingérence dans ses affaires ne pouvait au reste que lui déplaire, de même que cette attitude subitement sympathique lui inspirait une secrète défiance.
Elle ne put néanmoins s'élever contre un projet qui réalisait le plus cher de ses voeux.
N'était-ce pas en l'arrachant de vive force à l'influence du milieu dans lequel il vivait que le père Chausserouge avait pu une première fois ramener son fils à de meilleurs sentiments?
Mais cette fois, on emmenait Jean, et Amélie sentit que c'était assurément sur cette présence que comptait Louise Tabary.
Le fils veillerait à ce que le souvenir de la mère ne sortit pas de la mémoire du dompteur.
C'était à elle à parer à ce danger, mais, hélas! dans son état de santé, elle ne se sentait guère de force à faire oublier l'autre!
Toutefois, on prépara tout en vue d'un prochain départ. Il fut décidé que la ménagerie se mettrait en route pour le Midi, marchant à petites journées pour ne point trop fatiguer la malade, s'arrêtant dans chacune des villes où il serait possible de compter au moins sur deux ou trois représentations fructueuses.
Quelques jours avant leur départ, à l'une de leurs dernières entrevues, Louise Tabary fit part à son amant du projet qu'elle caressait d'établir sur les mêmes bases que jadis une concurrence sérieuse à Boyau-Rouge.
C'était un placement sûr, étant donné sa grande entente et sa grande expérience des affaires.
Comme elle s'y attendait, Chausserouge accéda immédiatement à son désir et il lui remit entre les mains la partie la plus importante de son fonds de réserve, pour l'appliquer à cette entreprise.