C'était dépenser en pure perte non seulement le bénéfice, mais les deux tiers de la recette, et au bout de trois semaines de voyage, après plusieurs séjours, il se trouva que les frais n'ayant pas été couverts, il fallut attaquer la caisse de réserve.

De plus, les animaux, confiés à des mains inexpérimentées, ne recevaient plus les soins indispensables.

Déshabitués des longues pérégrinations, plusieurs tombèrent malades, et un lion même succomba un peu avant d'arriver à Lyon.

Chausserouge comptait se refaire dans cette ville, en y donnant une longue série de représentations, mais il n'atteignit pas le résultat espéré, et au moment où il se préparait à continuer son chemin, une circonstance survint qui le força à prolonger son séjour.

Amélie qui, vaillamment, jusqu'à ce jour, avait supporté sans se plaindre les fatigues de la route, dut s'aliter.

Son état empira et le médecin, appelé aussitôt, ne jugea pas qu'il fût possible, malgré le courage qu'elle montrait, de repartir avant un mois.

Il ne pouvait venir à la pensée de Chausserouge de laisser sa femme dans une maison de santé ou un hôpital, puisque c'était pour elle qu'il avait entrepris cette longue tournée.

Il retarda donc son départ et ce fut pour rétablissement un désastre d'autant plus grand que, bien que la curiosité des Lyonnais fût émoussée et qu'il ne fût plus possible de compter sur de nouvelles recettes, il fallait néanmoins subvenir à l'entretien et aux frais si considérables que comporte une ménagerie comptant plus de soixante pensionnaires, hommes ou bêtes.

Chausserouge montra dans cette circonstance une abnégation et une résignation qui toucha profondément la jeune femme et lui fit presque oublier un passé qui pourtant lui avait été bien pénible.

C'est alors qu'elle se surprit peu à peu à ne plus mépriser autant Louise Tabary; sans se calmer, son ressentiment s'apaisait.