Elle reconnut son père, puis Jean... Tout d'abord elle ne se rendit pas compte de ce qu'elle voyait... puis soudain un cri s'étrangla dans sa gorge...

C'était bien un homme... un homme mort... assassiné sans doute... que l'autre, l'aide, dépeçait avec tranquillité...

Elle crut rêver... Mais non, elle ne se trompait pas.

Un des lions, Néron, le plus rapproché des deux hommes, grattait avec fureur le plancher de sa cage, les yeux injectés, la crinière hérissée.

—Allons! patience donc, Néron! Voilà que c'est fini! fit Jean en poussant devant lui son étal roulant.

La petite charrette passa à trois pas de l'enfant... Ses yeux agrandis par l'épouvante ne pouvaient se détacher de l'horrible spectacle auquel présidait son père.

Elle ne bougea pas, ne fit pas un mouvement, craignant de se montrer... de faire voir qu'elle avait surpris cet affreux secret... On la tuerait peut-être aussi, elle, si on la trouvait là... et elle sentit tout son petit corps frissonner des pieds à la tête.

Jean s'était armé d'une fourche de fer; il commença la distribution.

—Les gros morceaux aux plus gourmands! dit-il d'une voix gouailleuse en passant une cuisse à Néron, qui se jeta sur cette proie, dans laquelle il enfonça ses crocs avec rage.

—Et je vous recommande les os, mes enfants! continuait Jean, c'est un morceau de roi... n'en laissez pas surtout!