—Je le croyais plus d'aplomb que ça, tu sais... Aide-moi seulement à le déshabiller... Après, je me charge du reste!

Chausserouge rassembla ses forces. Il se pencha, ainsi que Jean, et tous deux relevèrent le cadavre toujours chaud qu'ils étendirent sur la table.

Le visage, couvert de sang, était méconnaissable. Le crâne presque chauve de l'usurier était partagé en deux par une large ligne sanglante. A la hâte et en silence, les deux hommes enlevèrent les vêtements souillés du vieillard qu'ils transportèrent ensuite dans la ménagerie.

Rapidement, Jean débarrassa l'état roulant, il y coucha le corps et se prépara à commencer son office.

—Barricade la portière... commanda-t-il, et viens m'éclairer.

Chausserouge plaça devant l'entrée deux larges planches qu'il assujettit avec une barre de fer, puis, la lampe à la main, il regarda son aide accomplissant sa terrible besogne.

Toujours calme, Jean avait saisi sa hachette et, méthodiquement, sans apparence d'émotion, il détacha les membres du tronc.

Minuit sonna. Dans les cages, les lions et les tigres, alléchés par l'odeur du sang, rugissaient.

Tout à coup, dans un angle obscur de la ménagerie, à trente pas des deux hommes, une tête émergea d'un monceau de paille.

C'était Zézette, qui, contrevenant à l'ordre de son père et épouvantée par l'orage, au lieu d'aller se coucher chez la mère Tabary, s'était tapie dans le réduit où le dompteur serrait le fourrage.