Dès qu'elle arrivait, il allongeait sa trompe, sur laquelle elle se mettait à cheval, puis il la soulevait et pendant des heures, il balançait l'enfant qui s'abandonnait, ravie, les yeux fermés, ses deux petits bras serrant étroitement la trompe. Et il fallait se fâcher pour la faire descendre de cette escarpolette d'un nouveau genre.
Ou bien elle prélevait une dîme sur son dîner, réservait une croûte de pain, un morceau de gâteau, qu'elle cachait soigneusement.
C'était pour la Grandeur, le petit ours des cocotiers, le clown de la troupe, à qui elle passait du bout des doigts et morceau par morceau mille friandises, s'amusant des mines drôles de la bête.
Quelquefois, poussée par une sorte d'instinct atavique, elle restait assise devant les cages, sans rien dire, sans un geste, les pupilles dilatées, des heures durant.
Un jour que par suite de la négligence des garçons de piste, la ménagerie était déserte, son père ne l'avait-il pas surprise, debout dans l'allée qui longe les cages, en face de Néron!
Le lion était couché, le muffle près des barreaux, les yeux demi-clos, une de ses pattes énormes pendant au dehors.
Zézette caressait l'animal, lui passait la main alternativement sur la patte et sur le nez!
Chausserouge pâlit. De peur d'effrayer le lion, il n'osait pas crier et Zézette, inconsciente du danger, joyeuse de pouvoir toucher la «bébête», continuait son manège, auquel Néron paraissait prendre plaisir.
Le dompteur s'approcha doucement par derrière et quand il fut à portée de l'enfant, il la saisit et la ramena brusquement à lui.
—Petite malheureuse! fit-il, tu veux donc te faire croquer!