Les dispositions naturelles de Zézette, certaines particularités qui ne lui échappèrent pas, flattèrent son orgueil paternel. L'enfant manifestait une véritable passion pour les pensionnaires de son père.

Le soir, quand l'orchestre faisait rage, que le bonisseur conviait le public à entrer «pour la dernière représentation», il était impossible d'obtenir qu'elle restât à la caravane.

Alors sa mère la prenait par la main, l'amenait dans la ménagerie et elle ne consentait à rentrer qu'au moment où, le repas des animaux étant terminé, on éteignait les derniers becs de gaz.

Elle connaissait tous les lions par leurs noms; elle les appelait en passant devant leurs cages, et on eût dit que, de leur côté, les bêtes s'intéressaient a la petite amie qui tendaient vers elles ses menottes...

Ils avançaient leurs grosses têtes vers les barreaux, comme s'ils eussent voulu venir à elle.

Parfois, dans la nuit, quand un rugissement auquel répondaient les grognements des ours et le rire des singes, parvenait jusqu'à elle, elle s'accoudait sur son petit lit et réveillait son père:

—Papa!.,. Tu n'entends pas, c'est Néron qui t'appelle!...

Elle distinguait, sans se tromper jamais, «la voix» de toutes les bêtes, résultat auquel n'était jamais parvenu Chausserouge lui-même.

Dans la journée, chaque fois qu'elle pouvait échapper à la surveillance de sa mère, son grand plaisir était de courir à la ménagerie pour retrouver son grand ami l'éléphant Moquart.

Moquart montrait à Zézette une affection singulière; il avait pour elle des attentions délicates.