Très satisfait de ses services, le directeur l'avait élevé bientôt au rang de garçon de ménagerie.
Peu à peu, le jeune homme s'était familiarisé avec les animaux et il avait été mordu de la secrète ambition de travailler à son compte.
A force d'économies, il avait fini par amasser un petit pécule et un beau jour, profitant d'une occasion qui s'offrait à lui, il quitta son patron, acheta un ours et deux loups et se fit montreur de bêtes.
Pendant des années, il parcourut les campagnes, faisant travailler ses pensionnaires sur les places publiques des villages.
Pas assez riche pour acheter un cheval, ni une caravane, il avait fait l'acquisition d'une petite charrette traînée par des chiens, dans laquelle il renfermait ses vivres et son maigre matériel.
Cela dura jusqu'au moment où, ayant renforcé sa troupe de plusieurs singes et d'un perroquet, il songea à se joindre au Voyage, c'est-à-dire à la réunion générale des saltimbanques.
Il suivrait les foires, profiterait de la réclame de ses voisins, pousserait peut-être jusqu'à Paris, si toutefois les circonstances le favorisaient.
Il fut de prime abord assez mal reçu.
Il n'existe pas d'association où l'on se sente davantage les coudes que chez les Voyageurs. Là, tout nouveau venu est un concurrent qui accaparera forcément une nouvelle part de la recette générale. C'est un ennemi qu'il faut évincer.
Mais Chausserouge était homme à ne se laisser rebuter ni par les mauvais procédés, ni par les injustices.