Sur un signe, Jean Tabary tirait un portant et réintégrait les deux lionnes.

L'enfant faisait alors descendre la Grandeur, visiblement soulagé, couchait en travers les deux sièges, passait un mors en bois dans la gueule de l'animal, lui sautait sur le dos et, à cheval sur cette monture d'un nouveau genre, elle trottait autour de la cage, aussi vite que le lui permettait les jambes courtes de la bête pesante qu'elle actionnait de sa houssine.

Elle la faisait sauter par dessus les tabourets, puis l'arrêtait court et saluait en envoyant des baisers à l'assistance.

L'aisance avec laquelle Zézette manoeuvrait son ours enleva le public, qui ne lui ménagea pas les acclamations, et elle termina la représentation en dansant une bourrée d'Auvergne en face de la Grandeur, heureux de sentir enfin la fin de ses épreuves et l'heure de la récompense, le morceau de sucre traditionnel, qu'il devait cueillir sur les lèvres de sa petite maîtresse.

L'effet fut tel que l'avait prévenu Baldini, c'est-à-dire immense. Le bruit se répandit rapidement du début triomphal du petit prodige.

Il fut de mode d'aller l'applaudir et, pendant trente jours, l'impresario encaissa des recettes que la ménagerie n'avait jamais connues, même au temps de sa plus grande vogue.

—Eh bien! dit Chausserouge à Jean Tabary, ai-je eu raison de passer outre, de ne pas t'écouter?... Je sentais bien que le succès était au bout de notre entreprise! Ah! Baldini est un malin...

—Trop malin peut-être! dit Tabary, toujours sceptique. T'a-t-il rendu des comptes?

—Non! il faut bien d'abord qu'il se rembourse de la part qu'il a avancée pour moi, puisqu'il a fait face, jusqu'à ce jour, à tous les frais... Après, nous compterons!...

—Alors, compte donc le plus tôt possible!