Seule, Amélie conservait toujours une angoisse dont elle n'était pas maîtresse, chaque fois qu'elle assistait une représentation et qu'elle voyait sa fille aux prises avec les lionnes.

La présence de Chausserouge, attentif au moindre mouvement de l'enfant et prêt, en cas de danger, à intervenir vigoureusement, ne suffisait pas pour la rassurer.

L'énergie de Zézette, qui puisait dans l'habitude une nouvelle hardiesse, loin de la tranquilliser ne faisait qu'augmenter son effroi.

Qui sait si un jour un animal mal disposé n'accueillerait pas mal un coup de houssine, appliqué imprudemment, et alors si le père allait ne pas arriver à temps!

Et elle voyait son enfant, étendue, râlant sur le plancher de la cage, ses membres grêles broyés par les mâchoires puissantes des fauves!

Zézette, de plus en plus insouciante, s'amusait des terreurs que sa mère manifestait, bien à tort, selon elle.

—Mais puisque je te dis, maman, qu'il n'y a pas de danger!... Je le sais bien, moi!

—Ma chérie, je t'en prie, sois bien prudente..., prends bien garde!

Et il fallait que Chausserouge intervint d'un ton bourru:

—Ma parole, si la petite n'était si sûre d'elle, si elle n'était pas si crâne, il y en aurait assez pour lui ficher le trac!... Laisse-la donc faire... elle n'est pas en peine. Tu vas voir, à Milan, ça va bien être autre chose. Nous sommes en train d'imaginer une nouvelle attraction, Tabary et moi!