Après un mois de séjour, Chausserouge donna sa représentation d'adieux et, sur l'avis que Baldini lui envoya, l'informant que la publicité était faite, il partit pour la Lombardie.
Une déception terrible l'attendait. Au lieu de rencontrer, comme il s'y attendait, son impresario à la porte de la ville, il tomba dans une cité où, non seulement sa venue n'était point préparée, mais où son nom était même inconnu.
Pas une affiche sur les murailles; nulle curiosité de la part des habitants. De l'étonnement seulement à la vue de ce matériel imposant, débarquant on ne savait d'où, arrivant à l'improviste.
A l'Hôtel de Ville, nul ne put renseigner Chausserouge. Baldini y était inconnu et personne n'était venu demander une permission de séjour, ni un emplacement pour la ménagerie.
On parut même assez mal disposé pour ces étrangers, à la déconvenue desquels on n'ajoutait aucune créance.
Toutefois, on consentit, bien que d'assez mauvaise grâce, à les laisser stationner sur un des cours éloignés de la ville.
Chausserouge revint désespéré, la rage au coeur. Jean Tabary avait eu raison de se méfier. Ses prévisions ne l'avaient pas trompé!
Il avait flairé dans Baldini un aventurier, un filou adroit, préparant de longue main ses escroqueries, sachant amadouer ses dupes.
Pourquoi n'avait-il pas pris, lui, Chausserouge, ses précautions, comme, si souvent, Jean l'avait invité à le faire? Par quel aveuglement avait-il donc été frappé pour ne rien voir, pour n'avoir pas eu une minute de doute?
Ainsi, il était maintenant en pays étranger, réduit à ses propres ressources, ayant perdu le bénéfice d'un mois de triomphe, où il avait réalisé les plus grosses recettes de sa vie!