Mais Amélie secouait la tête:
—A l'automne, tu n'auras plus de petite mère... Promets-moi alors de rester bien sage, et en souvenir de moi de rendre heureux ton père. Il ne faut pas qu'il ait jamais à se plaindre de toi.
Amélie avait en effet le pressentiment de sa fin prochaine. Il vint un moment où les alternatives de mieux qui venaient à chaque instant rendre à Chausserouge une lueur d'espoir, cessèrent tout à fait.
La malade maigrissait à vue d'oeil, sentant de jour en jour ses forces décroître. Bientôt, son affaiblissement devint tel qu'elle ne dût plus songer à se lever et, d'heure en heure, le dompteur et sa petite fille redoutaient une issue fatale.
Des crises abominables secouaient la mourante et la laissaient froide et quasi-inanimée des heures durant. Quand elle revenait à elle, elle promenait autour de son lit un regard éteint, comme si elle fût étonnée elle-même de revoir le jour.
Elle prenait alors doucement la main de sa petite fille et:
—Ce sera pour la prochaine fois, murmurait-elle, d'une voix à peine perceptible.
Pourtant, un jour que les rayons du soleil d'automne filtraient à travers la petite fenêtre de la caravane, elle se sentit plus forte, plus désireuse de vivre que jamais.
—J'ai faim, dit-elle, et j'aurais envie de manger un fruit... une poire ou un raisin...
Zézette se leva et présenta une superbe grappe à sa mère, qui commença à manger avec avidité.