On eût dit qu'il voulait faire oublier à la malade, par les soins dont il l'entourait, toutes les amertumes dont il l'avait abreuvée.

Sous le coup de tant de préoccupations et d'ennuis de toutes sortes, sa passion pour Louise Tabary avait reçu une rude atteinte, et s'il avait renoué avec elle, du moins depuis son retour, il apportait dans ses relations une discrétion à laquelle il n'avait pas accoutumé sa femme.

Amélie, elle, avait tout oublié, et ne voulait rien voir. Elle se rendait compte de son état, et elle ne retenait que les preuves d'affection que son mari ne cessait de lui prodiguer.

Elle savait la gène dans laquelle il se débattait, les privations qu'il s'imposait pour faire face à toutes ses obligations et elle admirait trop ce dévouement pour lui tenir rigueur et lui reprocher ses faiblesses.

Cette existence pénible, au jour le jour, se prolongea des mois, sans qu'aucune amélioration se produisit, sans que Chausserouge pût concevoir, dans un avenir même éloigné, l'espérance de relever ses affaires.

Zézette grandissait et prenait de l'âge; elle restait l'unique et dernière consolation de la moribonde.

Bien que ne pouvant être d'aucune utilité, puisque le dompteur s'était vu refuser, par la Préfecture, l'autorisation de la faire paraître, elle travaillait sous l'oeil de son père, acquérant tous les jours une expérience et une hardiesse nouvelle. Elle était raisonnable comme une grande personne, ne montrait aucun des caprices des enfants de son âge et sa vocation, depuis qu'elle avait débuté, s'était affirmée.

—N'aie pas peur, va, maman, disait-elle à Amélie, durant les longues heures qu'elle passait à la veiller, je saurai vous récompenser tous les deux de toutes vos peines... Quand je serai plus grande, je me charge de vous faire oublier vos chagrins d'aujourd'hui... Nous redeviendrons riches... Tu verras et tu seras fière de ta fille...

—Quand tu seras plus grande, je serai morte et je ne pourrai te voir, ma chère petite, répondait la pauvre mère avec un sourire douloureux.

—Il ne faut pas dire cela, c'est mal!... Nous te soignerons si bien, papa et moi, que tu reviendras à la santé... Je ne veux pas, entends-tu, t'entendre dire de ces vilaines choses.