Puis à un signal du maître des cérémonies, le cortège, composé de tous les forains présents sur le Voyage, s'ébranla, fit une station à l'église prochaine, et se mit en marche de nouveau, après une cérémonie écourtée, se dirigeant vers le cimetière de Bagneux.
La course était longue; la tête du convoi pressait le pas, en sorte que la queue s'allongeait indéfiniment, les derniers suivant avec peine.
Quant la cloche du gardien annonça l'entrée, dans le champ funèbre, du corbillard, qui disparaissait presque sous les couronnes et les fleurs, la foule des assistants était réduite de moitié.
L'autre moitié était restée en route; on la retrouva à la sortie, déjà attablée à la porte des marchands de vin.
Chausserouge, qui avait voulu accompagner Amélie à sa dernière demeure, revint, appuyé sur le bras de Jean Tabary et donnant la main à sa fille Zézette, qui, elle aussi, avait tenu à conduire le deuil à côté de son père.
Toutefois, à partir du moment ou il n'eut plus devant les yeux le spectacle attristant de sa femme agonisant, puis étendue morte sur ce lit où elle avait souffert de si longs mois, il recouvra un peu d'énergie.
Cet homme fort, brutal, était un impressionnable. De là, sa versatilité, sa faiblesse, sa tendance continuelle à subir l'influence d'autrui.
C'était ce qu'avait si bien compris Louise Tabary.
Essayer d'entrer en lutte avec Amélie à l'heure où déjà condamnée, elle ne pouvait plus qu'exciter la pitié du dompteur et par là provoquer des remords dans l'âme du mari, c'eût été une mauvaise tactique.
Maintenant que cette ennemie d'autant plus dangereuse qu'elle était plus misérable avait disparue, elle restait seule maîtresse de la volonté de son amant qui, n'ayant rien compris à ce manège savant, lui savait gré de l'abnégation qu'elle avait semblé montrer. Il était prêt maintenant à lui prouver sa reconnaissance.