Et ce que Louise avait prévu et espéré arriva; plus que jamais, il devint son esclave.
Quinze jours après l'enterrement d'Amélie, à son insu et sans qu'il s'en rendit compte, il n'était déjà plus le véritable maître de son établissement.
Tout d'abord, et sous prétexte de le soustraire à des souvenirs douloureux, Louise Tabary l'avait décidé a élire domicile dans sa caravane à elle.
Cette cohabitation, dont Chausserouge, qui redoutait la solitude, accueillit l'idée avec empressement, ne devait avoir dans le principe qu'un caractère provisoire; l'habitude ne tarda pas à la rendre définitive.
Zézette fut logée dans la caravane réservée aux «sujets» de l'entresort et confiée spécialement aux soins de l'une des pensionnaires.
Louise Tabary se montrait affectueuse, tendre, prévenante; Jean recherchait tous les moyens d'effacer le passé du souvenir de son ami, si bien qu'un mois ne s'était pas écouté que le dompteur avait recouvré sa bonne humeur, oublié la défunte et se fût trouvé le plus heureux des hommes si les affaires eussent été plus florissantes.
Mais la gêne persistait et il ne parvenait qu'avec peine à joindre les deux bouts.
—Enfin, disait-il, je suis tout de même heureux, au milieu de mes peines, d'avoir trouvé à point nommé une nouvelle famille qui me soigne, me dorlote... La tranquillité intérieure, ça aide joliment à supporter les ennuis. C'est maintenant seulement que je m'en aperçois, moi, dont la vie s'est écoulée, depuis la mort de mon père, dans des tracas de toutes sortes.
De là, à accuser Amélie d'avoir été la cause indirecte de tout ce qui lui était arrivé de malheureux jusqu'à ce jour, il n'y avait qu'un pas et ce pas fut rapidement franchi.
Mais alors, s'il perçait quelque amertume dans ses paroles, il était aussitôt interrompu par Louise;