On lui expliqua rapidement ce qui s'était passé; il examina à son tour la viande qu'il déclara malsaine, puis après un rapide coup d'oeil jeté à la lionne:

—Cette bête est perdue, fit-il, et je vous donne le conseil de quitter la cage... Tout à l'heure, avant de mourir, elle aura une série de crises qui mettraient votre vie en danger... D'ailleurs, c'est fini, il n'y a plus rien à faire.

—Mais... si on la saignait? insista Chausserouge, qui ne pouvait se résigner.

—Trop tard! je vous dis, ça ne servirait à rien! Allons, sortez, sortez vite! Soyez prudent! Et occupons-nous des autres, qui ne sont peut-être pas aussi pincés!

—Je l'espère bien! dit le dompteur, que cette dernière observation décida à obéir.

Il était à peine hors de la cage que la lionne, les yeux injectés, une bave sanglante aux lèvres, entra en agonie.

Elle bondissait dans l'étroit espace où elle avait été enfermée, se frappant la tête aux barreaux, roulant à terre, tordue par d'atroces convulsions.

A ses rugissements répondaient les rugissements des autres fauves et pendant un instant un concert effroyable résonna dans la ménagerie.

—Ah! non! je ne pourrai pas voir ça plus longtemps! fit Chausserouge.

—Alors, finissez-en, tuez-la! dit le vétérinaire, je vous dis qu'elle est perdue.