Chausserouge congédia une partie de son personnel et promut Zézette, qui venait d'avoir douze ans, aux fonctions de caissière. C'était elle qui tenait le contrôle pendant les représentations.
Pendant la semaine sainte, il s'installa à sa place habituelle sur l'avenue de Vincennes. La saison était avancée, et le soleil brilla pendant tout le temps que dura le montage de la ménagerie. Les arbres avaient déjà des jeunes pousses et tout faisait prévoir que la fête serait favorisée par une température exceptionnelle.
—Qu'est-ce que je te disais, déclara triomphalement Jean Tabary, c'est la foire du Trône qui va nous recaler...
—Je le souhaite, répondait Chausserouge, car nous en avons rudement besoin.
Mais dès le jour de Pâques, Jean dut convenir qu'il s'était trop hâté dans ses prévisions.
Une pluie torrentielle éloigna le public et c'est à peine si les baraques, durant une accalmie, purent donner une seule représentation.
—Pas de chance pour le premier jour, dit Jean: mais, bah! Ce n'est qu'une pluie d'orage, il fera meilleur demain!
Mais ni le lendemain, ni les jours suivants, le temps ne se remit au beau. On passait par des alternatives de chaleur écrasante et de véritables déluges. L'eau transperçait les bâches, détériorait l'installation intérieure et toujours le public rétif s'obstinait à ne pas tenir compte des réclames habiles que répandait à profusion dans Paris le syndicat des forains.
Bref, ce fut la campagne la plus désastreuse qu'eut jamais entreprise Chausserouge.
La misère régnait sur tout le Voyage et l'on vit de pauvres saltimbanques obligés de s'adresser à l'Assistance pour donner du pain à leurs familles.